samedi 7 mars 2009

Un peu léger

Del Mazo, l'infante Marguerite, v. 1663

Une amie me transmettait hier une commande d'article pour un hebdo d'actualités. Flattée, je lui en demandai plus sur le sujet à traiter. Il s'agissait d'écrire un court texte sur le thème de la journée de la femme en produisant "quelque chose de léger".

Quelque chose de léger ? Attente légitime peut-être puisque, c'est connu, la légèreté est inscrite dans nos gènes à nous, les femmes. Tintez bracelets, bruissez jupons, c'est la journée de la femme ! Moi, pour l'occasion, je compte manifester ma légèreté : je vais courir en robe blanche dans des escaliers, puis lever les bras en tournant, comme dans les pubs de déodorant. Et vous ?

En réalité je fulmine... Pour qui on nous prend, ça à la limite, on connaît. Je sais par exemple qu'en tant que femme, je sers avant tout à décorer. "Faut sourire mademoiselle !" me rappelle-t-on parfois dans la rue, si d'aventure une sombre humeur me fait oublier mon statut de lampadaire à dents.

J'imagine - du moins j'espère - que le journal commanditaire, qui se targue de suivre de près l'actualité politique et sociale, a prévu un article de fond sur les manifestations qui auront lieu demain. Sans doute fallait-il rééquilibrer le propos en publiant un billet léger pour nous, pauvres lectrices si vite effondrées au récit des malheurs du monde ? Un sujet sérieux et plic, une larme versée, ploutch un accident de mascara, fssst une lectrice en moins...

Cette pratique est-elle coutumière à la rédaction ? Prévoit-on un court texte léger sur tous les sujets sérieux ? Mon petit doigt (vernis de frais comme il se doit) me souffle que cette idée nous est tout spécialement réservée à nous, les dindes. Il faut de l'air, du light, oui, parce que vous comprenez, on aime ça, on s'y reconnait, c'est tellement nous. Ou alors c'est réellement une rubrique habituelle sur un point d'information ? La semaine dernière c'était les anecdotes du rayon poulet au salon de l'agriculture et cette semaine, le thème d'actu rigolo retenu pour cet exercice serait la journée de la femme ?

Déjà, quand on parle de journée de la femme, j'ai l'impression d'être un rideau en solde. Mais passons. Quitte à ridiculiser les femmes en leur consacrant une journée dans l'année, la moindre des choses serait de s'en tenir à ce qui mérite d'être médiatisé. La condition féminine au travail, au foyer, dans le monde... Il y a plutôt fort à faire sur le sujet, léger s'il en est, léger comme le salaire d'une caissière, léger comme le coma d'une femme battue, léger comme une burka d'été...

Mais je m'emporte. Il peut s'agir d'un simple dédain envers les blogueuses, à qui on s'adresse pour demander un joli texte qui ne mange pas de pain. Après tout, le blogage n'étant pas affaire sérieuse, il est légitime de prendre celles et ceux qui le pratiquent pour des écervelés juste bons à divertir sur tous les sujets, non ? Pour le coup, je suis contente de ne pas vivre de ma prose et de pouvoir me permettre de dire : un texte léger sur la journée de la femme ? Sans moi !

8 commentaires:

  1. Je comprends votre rogne, mais c'est peut-être dommage que des lecteurs, lectrices, échappent à la curiosité de découvrir votre blog, à la suite de l'article.

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  2. Je crois que le jeu n'en vaut pas la chandelle.

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  3. La femme, la femme, la femme! Enfin, sans dec', est ce qu'on fait une journée de l'homme, sans blague?

    Bon, maintenant, tu es gentille, tu attends la journée 2010 pour ton prochain billet d'humeur... T'as vraiment pas de vaisselle à laver, de linge à repasser, de marmots à torcher? mais qu'est ce que c'est que ces gonzesses?! tout va à métro! c'est trop!

    L'ai je bien léger?

    Vangauguin, cynique amer (mais pas si méchant)

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  4. Zoridae,
    Tout pareil !
    Vangauguin,
    Oh si, c'est pas la vaisselle à faire qui manque, mais j'attends de trouver un homme qui la fasse. Je n'ai pas la force virile extraordinaire qu'il faut pour récurer les fonds de casserole (ça devrait marcher, dit comme ça, non ?)
    Marie-Georges, faible femme

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  5. n'oublions pas que dans ce monde tout est "produit" : la femme, la journée de la femme, sa liberté... peut faire vendre du papier, ou du blog... être récupéré par le système ? mais... c'est à chaque moment qu'on doit la défendre sa liberté, et pas seulement en tant que femme. Rentrer dans le rang, un jour ou l'autre, la question se pose : peut-on m'acheter ?

    La liberté est le bien qui se paie le plus cher.

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